La 9ème édition du Forum de Coopération Economique Sino-Africaine (Focac) révèle ses 1ers secrets en Afrique Subsaharienne - Cap sur la RDC.
Rappels
Qu’on se le dise : Les partenaires occidentaux et orientaux considèrent l’Afrique Subsaharienne à la fois comme un « espace d’exploitation de ses ressources naturelles stratégiques » mais aussi « un vaste marché de consommation de leurs biens et services ». Ces différents partenaires d’hier et d’aujourd’hui ne soutiendront jamais une Afrique Subsaharienne auto-déterminée avec des dirigeants politiques ambitieux, autonomes, visionnaires et courageux. Ces évidences existentielles se vérifient des siècles durant au détriment de l’Afrique et des Africains. Ces partenaires ne sont pas là parce qu’ils aiment les Africains. Ils viennent pour les ressources de leur sol et sous-sol. Le contexte international vous le démontrera plus loin.
C’est à cet effet que s’organisent aujourd’hui comme hier des sommets Franc’Afrique, US’Afrique, Euro-Afrique, Russ’Afrique, Chin’Afrique, Tuqu’Afrique, voir Corée du Sud’Afrique, Maroc’Afrique etc., sans résultats tangibles en perspectives d’une lueur d’espoir d’un début de développement des Pays de l’Afrique Subsaharienne. Le forum Economique Sino-Africain est à sa 9ème édition au moment où l’empire du milieu double la mise et adopte une stratégie plus large, visant à intensifier et approfondir ses liens avec l'Afrique, en mettant l'accent sur les partenariats économiques, dans les projets les moins couteux, notamment dans le développement des infrastructures, la coopération bilatérale notamment dans le domaine du numérique et de la sécurité etc., Une enveloppe de 50 milliards de dollars est défalquée par Pékin pour la coopération avec les Etats Africains sur 3ans. Est-ce suffisant… ?
Contexte international
Ce forum intervient dans un contexte international à fortes tentions entre la Russie et l’Ukraine (OTAN) d’une part, et au Proche-Orient entre Israël et la Palestine dans un conflit qui se régionalise d’autres parts (nous y reviendrons dans nos prochains articles). Ces différents conflits armés provoquent des conséquences entrainant avec eux des effets palpables ressentis en Afrique Subsaharienne où s’affrontent à ciel ouvert les puissances mondiales et Pays-émergents, tous de pleins pieds dans la deuxième guerre froide. En cause : « Le contrôle des régions (notamment celle de l’Afrique Subsaharienne…), riches en ressources naturelles stratégiques indispensables aussi bien aux nouvelles technologies civiles et militaires, qu’à la transition énergétique ».
Questions :
· Les dirigeants de l’Afrique Subsaharienne saisissent-ils la portée des agendas des puissances qui se ruent vers leur sol… ?
· Au profit de qui se tiennent ces différents sommets et/ou sont-ils capables de négocier au profit de l’Afrique ?
· Ou sont-ils dans une simple démarche de substitution des partenaires occidentaux aux profits de nouveaux « maitres de l’Eurasie » dans un système où les rapports hégémoniques (rapports des forces) continuent à dicter les enjeux sur la scène internationale sans nécessairement correspondre à l’idéal d’une Afrique qui ambitionne de sécurité, progrès etc. Bref : « De dignité » ?
· Dans quelles perspectives placent-ils l’Afrique Subsaharienne face aux défis de l’énergie, des nouvelles économies numériques et climatiques, de la défense, sécurité ainsi que la sûreté des Etats ?
· Les vrais prédateurs des ressources de l’Afrique qui freinent le développement de la région ne sont-ils pas ces mêmes dirigeants Africains qui baignent aussi bien dans la corruption, la mauvaise gouvernance, le bradage des richesses etc., Bref : Complices des amis d’hier et d’aujourd’hui ? Le vrai problème de l’Afrique n’est-il pas finalement l’homme Africain lui-même ?
· Les dirigeants de l’Afrique Subsaharienne peuvent-ils élaborer un agenda commun pour des questions d’intérêts communs telles que la déforestation perpétrée aussi bien par des entreprises Chinoises qu’occidentales et locales ?
« Quell’Afrik » vous introduit dans les coulisses des contacts bilatéraux qui ont précédé le lancement officiel des travaux de ce 9ème Forum Economique Sino-Africain et tente en même temps de décrypter pour vous, les enjeux des questions de profonde inquiétude entre les nouveaux partenaires.
En bilatérale
Précédé par des rencontres bilatérales qui ont débutées depuis le 02 septembre entre le Président Chinois Xi Jinping et ses 25 homologues Africains qui ont fait le déplacement, la 9ème édition du Forum de Coopération Sino-Africaine (Focac) n’a débuté officiellement que ce mercredi 4 septembre 2024 à Pékin.
En effet, si pour le Président Malien Assimi Goïta, le partenariat doit se porter en priorité sur la sécurité, l'agriculture, l'énergie et les mines, le Sud-Africain Cyril Ramaphosa emboite les pas du Congolais Félix Tshisekedi, « ce dernier ayant obtenu un rééquilibrage d’une partie des contrats », a souligné lui aussi, l’impérieuse nécessité de remédier au déséquilibre commercial décrié dans la plupart des contrats entre l'Afrique du Sud et la Chine comme ailleurs en Afrique Subsahrienne.
Chin’RDC
La rencontre du président Xi Jinping avec Félix Tshisekedi, Président de la République démocratique du Congo, dans un « tête à tête de plus d’une heure de temps » a permis aux deux dirigeants d'évoquer une coopération bilatérale plus conséquente et intense avec en ligne de mire, des partenariats économiques dans le secteur du numérique, de l’énergie (MOU signé avec le groupe CMOC), le transport, le renforcement des capacités douanières et des médias.
Selon une source de Quell’Afrik à ce sommet, la question de sécurité, notamment en matière de défense à longue portée, la sécurité et la sûreté (DSS) de la RDC, notamment la « surveillance du territoire avec les nouveaux matériels Chinois de dernière technologie à full options (3D : Détection, Déportation et Destruction) a été évoquée à la demande de son homologue Congolais qui lui, doit faire face à l’Agression Rwando-Ougandaise soutenue par l’Union Européenne. Notre source révèle à Quell’Afrik qu’un protocole d’accord d’acquisition de plusieurs matériels de guerre a été signé entre le Vice-Premier Ministre Congolais de la Défense et certaines firmes militaires chinoises.

Présidents Chinois et Congolais (RDC) Xi Jinping et Félix Tshisekedi- 9ème Forum Economique Chin’Afrique Septembre 2024.
Bilatérale Chin’RDC/Photo PP/RDC
Drones militaire Chinois à 3D (Détection, Déportation et Destruction), souvent détectables après assaut…
Drones militaire Chinois à 3D (Détection, Déportation et Destruction), souvent détectables après assaut…
Le choix de la RDC est ultra-stratégique pour la Chine au regard de ses potentialités avérées en ressources naturelles critiques : Minerais, métaux précieux, terres rares, bois abondants, au-delà d’autres vastes chantiers en infrastructures, en numérique en défense, sécurité et sûret

Me. Freddy SHEMBO DG APCSC/Photo Presse APCSC/RDC
Question : Comment investir en RDC dans un triple climat de corruption, détournements, guerre d’agression et insécurité quasi généralisée même dans les grandes villes comme Kinshasa, Lubumbashi, Goma etc. et/ou de menaces d’instabilité institutionnelle ?
C’est en répondant à une série de questions des chefs d’entreprises Chinois qu’un Homme s’est particulièrement distingué. Maitre Freddy Shembo, proche collaborateur du Président Congolais Félix Tshisekedi, Directeur Général de l'Agence de Pilotage, de Coordination et de Suivi des Conventions de Collaborations (APCSC/https://twitter.com)
en abrégée, a, lors de sa brillante allocution, mis à table les différentes réformes amorcées par le Président Tshisekedi, les opportunités d’affaires en termes des potentialités dans divers secteurs, les besoins immenses exprimés, les incitants fiscaux en termes d’avantages et types d’exonérations accordées aux investisseurs avant d’évoquer avec fermeté le combat qui est mené avec acharnement par le Chef de l’Etat Félix Tshisekedi, le Gouvernement ainsi que la justice à la fois contre les réseaux mafieux de corruption, les ennemis de la République ainsi que certains acteurs véreux qui tirent des ficelles afin de continuer à entretenir une mauvaise image de la RDC à l’international.
Un faisceau d’opportunités, d’avantages et facilités d’investissements est actuellement possible en République Démocratique du Congo avait surenchéri Maitre Freddy Shembo avant de signaler en conclusion qu’une série d’accords de partenariats et investissements a été signé en perspective d’autres grands travaux qui vont devoir commencer en RDC.
Chin’Afrique : Des questions qui fâchent
La Chine reste le premier partenaire commercial de l'Afrique. Mais entre la Chine et l'Afrique, principalement Subsaharienne, ils persistent des questions de profonde inquiétude.
- Baisse des Prêts Sino-Africains : On note depuis 4 ans, la chute spectaculaire des prêts chinois aux pays africains. Changement stratégique ou une réorientation ? Dans l’un ou l’autre cas, cette situation est justifiée d’abord par le fait que l'économie chinoise rencontre à l’interne de grandes difficultés depuis quelques années ayant provoqué un gros ralentissement de sa croissance qui n'est aujourd'hui qu’autour de 4% à 6% par an, ce qui est très peu pour un aussi gigantesque pays comme la Chine.
D’où le changement de stratégie avec la réorientation des initiatives des routes de la soie vers des projets plus petits, moins coûteux, mais assez variés et plus nombreux. Par ces investissements, la Chine voudrait un retour financier assez rapide afin d’assurer d’bord la prise en charge sociale sur son propre territoire en ralentissement depuis le Covid-19.
- Environnement/Déforestation
Si la Chine opte pour des investissements les moins coûteux mais plus soucieux de l'environnement, Xi Jinping élude malignement toutes discussions autour des fonds verts sollicités par certains dirigeants Africains en guise de compassassion mais également en soutien aux programmes de reboisement initiés dans certaines régions.
Or, au-delà d’occuper la première place dans le top 3 des pays les plus pollueurs au monde avec les Etats-Unis et l’Inde, la Chine compte en elle-même une dizaine d’entreprises entreprises forestière notamment en Afrique Subsaharienne.
file:///D:/Users/Lenovo/Downloads/LesentreprisesforestireschinoisesenAfriquecentrale.pdf
avec une vitesse de déforestation vertigineuse dépassant celle de leurs homologues Européennes sans un réel programme de reboisement. Quelle est la réponse des dirigeants Africains sur cette question ? Ont-ils élaboré des politiques communes en vue d’un cahier de charge commun afin d’affiché une certaine cohésion, ambition et enfin dignité ? Non.

Parcelle forestière à Butembo, dans le Nord-Est de la RDC, le 12 novembre 2016
Pour plus d’infos : cetvinfo.fr/monde/afrique/republique-democratique-du-congo/la-republique-democratique-du-congo-championne-du-monde-de-la-deforestation-apres-le-bresil_4000639.html
- Sécurité et conflits sous-régionaux en Afrique Subsaharienne
Nous avons signalé plus haut que la Chine est le premier et le plus grand partenaire de l’Afrique en général et Subsaharienne en particulier. Cela veut dire que ses intérêts sont ci - et - là parfois pris entre deux feux, subissant ainsi une déconvenue.
Casus : La crise en Afrique de l’Ouest depuis plus d’un an provoque un lourd manque à gagner pour la Chine qui a financé environ quatre milliards de dollars dans un gigantesque projet d’un Oléoduc Niger-Bénin dans lequel le pétrole ne coule pas à cause de la crise entre les deux pays.
Pékin se retrouve ainsi médiateur malgré lui, d'une crise dont ses grands groupes se seraient bien passés. Cette situation similaire à la crise dans la sous-région des Grands-Lacs entre la RDC et ses voisins dont le Rwanda et l’Ouganda, risque de refroidir la Chine dans ses projets d'investissement tant au Sahel, en Afrique de l’Ouest, en Afrique Centrale que dans les Grands-Lacs et le Soudan où elle a des gros intérêts présents et projets futurs.
Voilà qui justifie la prudence et la retenue de Xi Jinping sur les questions de défense, sécurité et sûreté. Contrairement aux positions très tranchées de son allié Russe et ses groupes dont Wagner, le dirigeant Chinois préfère évaluer ses intérêts et se présenter plus en médiateur qu’en chef de guerre.
Note négative : Aucun dirigeant Africain n’a présenté des projets de partenariat dans le secteur de la formation et l’éducation…Ceci doit interpeler…
Comment ces 48 Etats dans une superficie allant de 22 à 24 265 000 km2, avec plus de 54 bassins hydrauliques transfrontalières riches et navigables, soit 75% de couvertures d’eaux marines et douces, avec une population estimée à environ 1.3 milliards d’habitants dont plus de 70% est jeune, sur d’énormes potentialités forestières et agro-pastorales assises sur d’immenses et diverses richesses naturelles stratégiques etc., les dirigeants de l’Afrique Subsaharienne ne transforment- ils pas cette belle région en un seul grand marché de consommation organisé au sein d’une même zone de libre-échange pour l’autoconsommation de leurs propres produits en lieu et place d’une diplomatie de dette ? Rendez-vous au prochain numéro.
Timothée TSHAOMBO SHUTSHA
Coordonnateur et Chercheur à Quell’Afrik.
Rédacteur.

Partagez sur les réseaux sociaux